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COMMENT DEVIENT-ON UN PSYCHOLOGUE ?

“L’objet de la psychologie est de nous donner une idée tout autre des choses que nous connaissons le mieux.”
Paul Valery

Le parcours pour devenir psychologue et exercer en tant que tel peut être un réel parcours du combattant, mais il représente aussi un grand enrichissement personnel et professionnel. Pour cet article, je souhaiterais apporter une parcelle de mon expérience, en appui des quelques informations utiles concernant le contenu de la formation universitaire par exemple. Je ne m’épancherai pas sur les diverses unités d’enseignement auxquelles on peut avoir accès en Licence, car la présentation et l’organisation de celle-ci peuvent varier en fonction des universités. Par ailleurs, dans un prochain article, je décrirai mon Master plus exhaustivement, puisqu’il s’agit de la spécialité qui façonne actuellement le cœur de ma pratique. Il me semblait important de rédiger cet article, puisqu’il présente mon parcours mais aussi la façon dont s’est construite mon identité professionnelle. De plus, en dehors des informations basiques sur le fonctionnement de l’université, la validation des étapes du cursus et la tant redoutée sélection en Master, je n’ai pas eu l’occasion de lire énormément de reports d’expérience sur ce que peuvent représenter des études en psychologie. Pour ma part, elles ont rythmé sept années de ma vie et ont représenté un investissement intellectuel, moral et physique relativement importants. Bien sûr, il ne s’agit que de mon expérience. Par conséquent, elle n’est pas à prendre au pied de la lettre. Mais elle pourrait aider certains d’entre vous (peut-être des futurs étudiants) à préciser des choix d’orientation ou à envisager une reconversion professionnelle dans cette discipline à la fois passionnante et bouleversante. En vous souhaitant un agréable moment de lecture !

I. LES ETUDES UNIVERSITAIRES

1. LA LICENCE

Pour devenir psychologue, j’ai validé ma Licence sur trois ans puis j’ai choisi une ou des spécialité(s) pour le Master que j’ai réalisé sur deux ans. Entre ma Licence et le Master de Psychologie sociale de la santé validé à Aix-en-Provence, j’ai fait un détour de deux ans dans un Master 1 de psychologie clinique et santé mentale à Montpellier. Dans toute université confondue, le contenu de la Licence se veut généraliste. Il permet d’appréhender l’ensemble des sous-branches de la psychologie (psychologie clinique, psychologie sociale, psychologie de la santé, psychologie du développement, psychologie cognitive, la neuropsychologie ou encore psychologie différentielle). Il propose également des unités d’enseignement axées sur la méthodologie : conduite d’entretien clinique, méthodes d’observation, réalisation de tests psychométriques, projectifs… A l’université d’Aix-Marseille où j’ai été diplômée, il est proposé des UE annexes telles que les Méthodes de Travail Universitaire (MTU) ayant pour vocation d’enseigner à l’étudiant la prise de note, la recherche d’informations et la rédaction des écrits universitaires, les Statistiques Appliquées pouvant être précieuses dans le domaine de la recherche, ou encore l’Anglais dont la maîtrise permet de s’imprégner d’articles scientifiques majoritairement écrits dans cette langue. Ces trois années sont une opportunité de découvrir la psychologie dans toutes ses approches, et d’affiner son choix quant à l’orientation future en Master.

Il est essentiel de trouver rapidement son organisation de travail. L’autonomie conférée par l’université peut être déboussolante lorsque l’on sort d’un cursus scolaire classique. L’approfondissement des connaissances apportées en cours magistral et une rigueur de présence et de participation aux travaux dirigés vont vous aider à mettre toutes les chances de votre côté. Il ne faut pas hésiter à consulter les bibliographies proposées par les enseignants.

2. LE MASTER

A l’époque, à l’université d’Aix-en-Provence, la sélection pour le Master s’effectuait à la fin de la Licence (pour les autres facs, cette sélection se faisait entre la 1ère et la 2ème année de Master). Mes choix de spécialisation s’avéraient plus ou moins précis. Mon cœur balançait entre la psychologie clinique et la psychopathologie, la psychologie clinique et la psychanalyse, et la psychologie sociale de la santé. J’avais déjà une nette préférence pour cette dernière formation. D’ailleurs, ma candidature n’a été retenue que pour celle-ci. Vint le fameux entretien d’admission, au cours duquel il m’a été demandé d’exposer mes motivations à postuler pour ce Master en particulier. Comme précisé précédemment, je ne me projetais toujours pas réellement dans la réalité du métier de psychologue. Malgré un stage d’observation passionnant au sein d’un service d’addictologie à l’hôpital de Dignes les Bains, je ne visualisais pas tout à fait la psychologue que je souhaitais devenir. Par conséquent, tout au long de l’entretien, j’ai pataugé entre mon envie de montrer que je maîtrisais parfaitement les concepts et ma timidité à parler de mon expérience de stage en tant que telle. Et c’est là que mon erreur fut. A l’issue de l’entretien, le responsable de la formation a relevé que je ne parlais pas de moi, que je me cachais derrière des notions bien intégrées mais qui ne disaient rien de ma façon de me positionner dans telle ou telle situation de stage. Ainsi, malgré des résultats concluants aux partiels et un intérêt manifeste pour cette spécialité, je n’ai pas été reçue, mais je fus fortement incitée à re-présenter ma candidature un peu plus tard, après avoir davantage mûri mon projet professionnel. Ce que j’ai fait par la suite, au cours de mes deux années de Master 1 à Montpellier, pendant lesquelles je me suis rendue compte que la formation choisie là-bas ne correspondait pas à l’approche que je souhaitais endosser en tant que professionnelle. En dépit de ce constat qui m’apparaissait comme alarmant sur le moment, j’ai mis cette période à profit pour effectuer un stage sur toute une année à l’Institut de Victimologie du Languedoc-Roussillon au sein duquel j’ai été formée à la clinique du traumatisme psychique par ma superviseuse de stage, et ai été mobilisée dans une Maison de Prévention Santé. J’y accueillais, j’y écoutais activement et j’orientais le cas échéant une population toute-venante ayant été exposée à des événements potentiellement traumatiques. Parallèlement, un stage de “découverte” en psychiatrie a été effectué à l’hôpital de Digne les Bains, et m’a permis de savoir que je ne souhaitais pas évoluer davantage dans ce type d’institution.

Au dénouement de ma deuxième année de Master 1 à Montpellier, il fut temps de dresser un bilan. Pour être honnête avec vous, je n’étais pas tout à fait sûre de vouloir postuler de nouveau dans la formation que je convoitais au départ. Je craignais de ne pas être à la hauteur, de m’entendre à nouveau dire que je n’étais pas prête pour l’ultime ligne droite de mon parcours universitaire et l’obtention du titre de psychologue. Cependant, il m’a fallu me prendre par la main et retenter ma chance. La pire situation aurait été de vivre avec des remords, n’est-ce pas ? J’ai donc monté mon dossier avec mes relevés de note depuis la Licence, mes évaluations de stage quantitatives et qualitatives, mes attestations de formation de l’Institut de Victimologie, et une lettre de motivation la plus rôdée possible.

Un conseil qui pourrait être utile : lorsque vous convoitez une formation quelle qu’elle soit, n’hésitez pas à éplucher la plaquette d’informations. Généralement, elle est disponible sur le site de votre université. Elle vous décrit en détails le contenu du Master, vous donne le nom de l’ensemble des intervenants pour chaque unité d’enseignement, vous explique les modalités de validation pour le stage et le mémoire. En bref, elle expose ce que l’on va attendre de vous pendant deux ans. A vous de voir si vous vous sentez capables de répondre à ces attentes, et si l’approche proposée vous attire et vous correspond. Pour ma part, j’avais tablé sur un intervenant en particulier dont le profil m’interpellait puisqu’il avait évolué dans le champ d’intervention qui m’intéressait le plus (l’addictologie). J’avais brièvement parlé de son parcours et avais proposé un projet de recherche portant sur les représentations sociales de la toxicomanie au féminin. Les représentations sociales étant l’étendard de cette formation, je me suis focalisée dessus pour appuyer mon intérêt pour la formation et les concepts théoriques qu’elle mobilisait. Dans le même temps, je montrais que je me projetais dans un éventuel projet de recherche au sein de leur laboratoire. J’ai également expliqué pourquoi j’avais décidé de passer d’un Master de Psychologie clinique à ce Master en particulier. Ce fut l’occasion de leur montrer que j’appréciais l’aspect intégratif de leur formation qui, à mes yeux, se trouvait au carrefour de disciplines complémentaires : la psychologie clinique, la psychologie sociale, et la psychologie de la santé. Ainsi, j’ai valorisé l’importance accordée à cette pluralité de regards dans mon approche future. Le lendemain, j’appris que j’intégrais officiellement la formation.

La sélection en Master peut être un passage rude pour bon nombre d’étudiants. On peut se heurter à la désillusion de ne pas correspondre aux attentes des responsables de formation ou de ne pas avoir réussi à convaincre son auditoire malgré un investissement considérable et une motivation incontestable. De plus, les résultats aux examens ne constituent pas le critère qui vous garantira obligatoirement une place en Master. En effet, vos capacités réflexives quant à votre identité professionnelle, à vos choix et à vos positionnements au cours de vos expériences pré-professionnalisantes constituent le bagage qui vous distinguera des autres candidats. Ce bagage montre quel psychologue vous vous apprêtez à devenir. De plus, il faut garder à l’esprit que nous sommes amenés à rencontrer des populations en grandes difficultés, qu’il s’agisse d’usagers d’institutions hospitalières ou médico-sociales ou de patients rencontrés au sein d’un cabinet. Il ne suffit pas d’exceller théoriquement et conceptuellement parlant. Il faut aussi s’assurer d’un certain équilibre psychique et d’une stabilité émotionnelle qui vous aideront à accueillir les souffrances et les expériences douloureuses qui vous seront rapportées. Les expériences de stage sont un excellent moyen de se tester et de sentir si la réalité du métier correspond réellement aux représentations que l’on s’en fait. Bien sûr, si cette réalité est différente de celle que vous imaginiez, cela ne signifie pas qu’il n’y a aucune place pour vous. Soyez simplement attentif à la façon dont résonnera chaque expérience en vous. Si vous parvenez à appliquer cette réflexivité pour vous-même, alors vous aurez déjà effectué une grande avancée sur la construction de votre positionnement et de votre identité professionnelle.

II. LES EXPERIENCES DE STAGE

Les connaissances conceptuelles et théoriques apportées par les cours magistraux et les travaux dirigés seront une base essentielle à laquelle vous pourriez vous référer au cours de votre pratique. Par exemple, il est difficile à mon sens de se passer de quelques notions de psychopathologie nous permettant de repérer certaines pathologies dans le discours du patient. Pour autant, selon moi, ce ne sont pas elles qui feront de vous un psychologue accompli. Et d’ailleurs, sommes-nous réellement accomplis un jour ?

Comme dans toutes branches professionnelles, vous allez vous confronter aux inévitables expériences de stage. Après avoir remué ciel et terre pour trouver votre place dans une institution hospitalière ou médico-sociale, vous comprendrez rapidement qu’il peut y avoir des nuances entre ce que l’on nous enseigne à l’université et ce que l’on observe sur le terrain. C’est pour cette raison que j’insiste lourdement sur l’importance d’avoir des capacités réflexives sur sa pratique mais également sur ce qu’il nous est donné d’observer chez les patients et au sein des institutions. Tout d’abord, parce que vos patients ne sont pas des études de cas cliniques ambulants. Lorsque l’on a la tête dans les études, on a tendance à vouloir retrouver chez chacun d’entre eux des notions apprises que l’on va tenter d’accoler schématiquement. Un étiquetage qui rassure lorsque l’on manque d’expérience, mais qui peut nous faire passer à côté d’un élément essentiel : l’expérience vécue de la personne que vous accueillez et les couleurs émotionnelles de son discours. Par exemple, avant d’entamer mon premier stage d’observation participante dans un service d’addictologie fermé, je me rappelle m’être gavée de connaissances sur les problématiques addictives. Pour autant, lorsque je me suis retrouvée face à des patients au sein d’un groupe de parole, je me suis naturellement aperçu que, pour une problématique communément partagée, il existait mille façons de la vivre, de la comprendre et de lui donner du sens. Ces connaissances, ce ne sont pas les livres qui vous les apporteront, mais les patients qui vous feront suffisamment confiance pour vous parler de leur histoire et de leur manière d’être au monde. Par conséquent, il est essentiel de savoir de quoi on parle en se renseignant sur les mécanismes et les manifestations d’une problématique spécifique, mais il est également indispensable de s’en décaler afin de ne pas dénier la singularité de chacun.

De plus, vous allez intégrer des institutions. Elles possèdent une histoire pré-existante à votre arrivée. Parfois, les psychologues stagiaires ne sont pas toujours bien accueillis pour des raisons variant en fonction du vécu de la structure, du fonctionnement de l’équipe, de la place symbolique qui est unanimement (et implicitement) donnée au psychologue et j’en passe. Il est important d’être attentif à ces détails, de noter ces observations pour soi-même et de faire un pas de côté pour ne pas se laisser envahir par des enjeux qui, la plupart du temps, ne nous appartiennent pas. Les jeux et enjeux institutionnels et les contraintes qui vont avec, sont ce avec quoi le psychologue doit conjuguer lorsqu’il décide d’évoluer dans des structures pluridisciplinaires. Par conséquent, ne soyez pas avare de réflexivité lorsqu’il s’agit de penser la posture et le positionnement du psychologue dans une institution, la façon dont est représenté son rôle par les autres professionnels, et la façon dont il se le représente lui-même. Et bien sûr, réfléchir à qui vous êtes, vous, dans tout ça.

Si je m’étale sur de telles considérations, c’est parce qu’elles feront probablement l’objet de votre rapport de stage. L’envergure de ce travail dépend des exigences de chaque université mais, en ce qui me concerne, chaque rapport a été un véritable report d’expérience. Je n’ai pas hésité à décrire des situations dans lesquelles je me suis sentie en difficultés, en expliquant quelles actions concrètes j’ai mis en place pour y pallier. Je n’ai pas hésité non plus à exprimer mes ressentis réflexifs (il ne s’agit pas de décharger d’éventuelles rancœurs évidemment) sur la façon dont j’ai été accueillie sur mes lieux de stage et quels éléments de l’histoire de l’équipe et de l’institution ont pu être réactivés lors de mon arrivée ; mes observations par rapport au rôle de chacun au sein de l’équipe et la place du psychologue. Ce sont des axes de réflexion qui pourront être attendus dans votre rapport de stage, plus particulièrement dans celui qui déterminera l’obtention de votre diplôme et de votre titre de psychologue. Je ne vais pas vous mentir, ça peut être un exercice éprouvant. En tout cas, je l’ai personnellement vécu ainsi. Mais comme je l’ai précisé en début d’article, il ne s’agit que de mon expérience, d’autres professionnels vous feraient probablement des retours différents.

Dans tous les cas, cette capacité à prendre du recul et à réfléchir sur votre pratique et ce qui l’entoure, devra être développée tout au long de votre carrière. Pour moi, il s’agit presque d’une exigence éthique et déontologique. C’est pour cette raison que je suis moi-même suivie par une psychologue qui me supervise dans ma pratique en cabinet.

Les expériences de stage ne sont pas à négliger. Votre investissement personnel dans chacune d’entre elles et la place que l’on voudra bien vous accorder en tant que psychologue stagiaire, feront le lit de votre pratique future. Profitez de ces opportunités pour vous questionner, vous positionner, vous exprimer, et surtout, vous épanouir dans ce beau métier. Les expériences de stage ne sont pas toujours évidentes, car les rencontres que l’on y fait peuvent nous bousculer d’une multitude de façons, mais elles sont une étape indispensable dans la construction de votre identité et de votre pratique professionnelles. Ce sont elles qui, au-delà du diplôme universitaire, vous forgeront, et participeront à votre Devenir en tant que psychologue.

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